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« Migration Blues » d’Eric Bibb : quand le blues devient porteur d’espoir

On a souvent l’habitude de voir le blues comme une musique plutôt dépressive, exprimant les accidents de la vie, ou la détresse d’un peuple. Dans ce nouvel opus du chanteur et guitariste Eric Bibb, il porte un message d’espoir, profondément positif et humaniste, en réponse aux événements actuels qui touchent tous les continents. Sortie le 31 mars chez Dixie Frog. Le titre parle de lui-même : « Migration Blues ». Sur son dernier album, Eric Bibb nous raconte une histoire ancestrale et encore terriblement actuelle : le déracinement. Ses textes semblent avoir été écrits au début du XXe siècle, mais ces récits sont intemporels : les voyages périlleux et initiatiques des bluesmen ayant dû fuir le sud rural du Mississippi pour gagner les grandes villes comme Chicago ou Détroit résonnent en écho aux afflux de migrants en Europe.
Deux chansons leur sont d’ailleurs dédiées : « Refugee moan », qui retranscrit avec les tripes ce que peut ressentir un être humain forcé de tout abandonner du jour au lendemain pour espérer des jours meilleurs ; et « Prayin for shore » où un migrant à bord d’une embarcation de fortune guette avec inquiétude et espoir un rivage pour l’accueillir. Ces migrations, c’est aussi toute l’histoire du blues : parti des champs de coton avec une instrumentation sommaire et acoustique (le « delta blues » du Mississippi), il s’est urbanisé et électrifié dans les villes industrielles comme Chicago avec Muddy Waters ou Detroit avec John Lee Hooker.

Un style à la fois minimaliste et moderne

Eric Bibb a choisi de conserver le côté épuré du blues des origines : une guitare (le plus souvent National ou Dobro, ces fameuses guitares à résonateur métallique au son imposant, et notamment celle du grand Bukka White jouée par Bibb sur « Postcard from Booker »), une voix habitée, parfois un harmonica (l’ami fidèle Jean-Jacques Milteau), un banjo ou une deuxième guitare (Michael Jerome Browne), très occasionnellement une pulsation rythmique sommaire. Pas de fioritures, pas d’esbroufe, pas de solo tonitruant ; mais une ambiance qui évoque le deep south delta : moite, rugueux, désertique.
Le morceau titre est sans paroles, comme si la musique exprimait encore mieux que les mots le sentiment de déracinement. Des notes qui évoquent le périple, le danger, l’inconnu, mais aussi l’espoir d’une vie meilleure. Ce sont d’ailleurs ces tonalités plutôt majeures qui donnent une couleur optimiste à l’album.
C’est toute la force de ce disque : tout en revisitant le style des classiques (Robert Johnson, Son House, Bukka White, Mississippi Fred McDowell et consorts), Eric Bibb embrasse littéralement le delta blues pour lui donner une autre dimension qu’on pourrait presque qualifier de « World music ». Même si l’ambiance de l’album est typique deep south delta, on ressent une ouverture indéniable vers d’autres continents que l’Amérique, notamment l’Afrique (« Four years, no rain » et « Mornin  train ») et bien sûr l’Europe avec « Prayin for shore ».

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